25/03/2013

Les Verts transfrontaliers - Créés il y a un an jour pour jour

Ferney-Voltaire (Ain) – Lundi 25 mars 2013

 

Les Verts transfrontaliers: quézaco ? 

 

«Si je savais une chose utile à ma nation qui fût ruineuse à une autre,

je ne la proposerais pas à mon prince,

parce que je suis homme avant d’être Français ou bien parce que je suis nécessairement homme,

et que je ne suis Français que par hasard.»

(MONTESQUIEU, «De l’esprit des lois», traité publié à Genève chez Barrillot & Fils en 1748)

 

De manière plus ou moins diffuse, les schémas de pensée décrits et prônés avec brio par l’inclassable Régis Debray («Eloge des frontières», Paris, Gallimard, 2010) se trouvent infiltrés aujourd'hui dans l’esprit de tout un chacun. Aboutissant à un éloge du chacun pour soi et du chacun chez soi, voire du repli sur soi, ils font bien malheureusement recette. Un paradoxe alors même que nous vivons dans une aire urbaine transfrontalière dont les composantes s’imbriquent de nos jours étroitement les unes dans les autres (plus ou moins harmonieusement, il est vrai, selon les sphères d’activités) et que les innombrables interdépendances ne permettent de fait plus du tout de se tourner le dos.

Ce paradoxe n’a pas fait reculer les Verts genevois. Au printemps 2012 – il y un an jour pour jour, au congrès de Meyrin –, ils ont décidé d’innover en créant en leur sein une section particulière: les Verts transfrontaliers qui regroupent les membres et sympathisants du parti habitant en «France voisine» (section régie depuis par les articles 11, 15 et 25 des statuts: http://www.verts-ge.ch/geneve/administration/les-statuts-des-verts-genevois.html). Le parti écologiste genevois a ainsi cherché à renforcer une tendance géopolitique de fond: l’émergence d’un bassin de vie (de travail, de loisirs, etc.) régional faisant toujours davantage fi des frontières entre la France et la Suisse (et parallèlement aussi entre les cantons de Vaud et de Genève). Unique en son genre – un tel champ d’expérimentation «extraterritorial» n'existe nulle part ailleurs –, la nouvelle section n’a cessé de susciter depuis une curiosité persistante de la part du public.

«Les Verts de l’Agglo» constituent la suite logique

Les militants et élus des Pays de Savoie et de l’Ain ayant la même sensibilité représentent en toute logique le vivier d’alliés naturels des Verts transfrontaliers. Dans la foulée de la mise sur les rails de la section – consécutivement aux élections fédérales du 23 octobre 2011 où les Verts genevois avaient eu l’heureuse intuition de présenter une liste des Verts transfrontaliers sous-apparentée à la liste-mère –, les contacts épars et sporadiques (parfois anciens) entre écologistes français et suisses ont été vivifés puis orientés vers la poursuite d’objectifs communs dans un nouvel espace informel d’échanges et de concertation à l’échelle de de l'agglomération au sens formel et, plus largement, de l’Arc lémanique et du couloir du Haut-Rhône français: les Verts de l’Agglo franco-valdo-genevoise*.

Leur agenda a été tout de suite bien étoffé et comporte plusieurs axes d’engagement insérés dans une vision prospective du développement régional:

• l’observation des arcanes de la nouvelle gouvernance transfrontalière en train de se mettre en place à travers le dernier-né des GLCT, en charge de la gestion du projet d’agglomération**, spécialement eu égard aux démarches participatives;

• la préparation d’une batterie de propositions-phares visant à apaiser l’hypermobilité régionale ambiante (respectivement à lutter contre l’asphyxie généralisée dont nous sommes tous menacés) en vertu des principes de relocalisation des activités économiques et de sobriété volontaire;

• le suivi en matière de mise en place et de respect des corridors biologiques transfrontaliers;

• la surveillance attentive des agissements des compagnies axées sur la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures de roche-mère;

• la protection de la population contre les risques liés à l’exploitation de la centrale nucléaire du Bugey (située dans l’Ain, sur la rive droite du Rhône) et au démantèlement du site nucléaire de Creys-Malville (situé dans l’Isère, sur l’autre rive du fleuve);

• les alertes de la population relatives aux plafonds d’émission de polluants atmosphériques (tout spécialement dans la vallée de l’Arve);

• l’utilisation du stade de Genève-la Praille conjointement par le Servette FC et par l’Evian-Thonon-Gaillard Football Club (ETG FC – cf. lettre ouverte du 9 février 2013 à Michel PLATINI, président de l’UEFA: http://savoie.eelv.fr/2013/02/18/lettre-ouverte-a-michel-...).

Toutefois, bien au-delà de la conception de pistes politiques transfrontalières entreprise avec force et conviction, les Verts transfrontaliers respectivement les Verts de l’Agglo estiment que faire naître une «région genevoise écologique et solidaire par-delà la frontière» (art. 25 des statuts cités plus haut) ne se limite pas à mettre en place des infrastructures de transport et construire des logements (on en a bien entendu grand besoin…). Sur un plan plus essentiel, ils considèrent qu’il faut parvenir à:

• cultiver l’art de vivre ensemble dans un territoire marqué de fractures multiples (d’ordre social, culturel, monétaire, fiscal, etc.);

• créer des articulations durables entre deux systèmes économiques et politiques, deux mentalités nationales à bien des égards très éloignés les uns des autres;

• insuffler une âme aux nouvelles plate-formes en gestation (telle que l’assemblée transfrontalière des forces vives civiles en passe de se concrétiser).

 

En bref, les Verts transfrontaliers tout comme les Verts de l’Agglo estiment appartenir à une communauté de destin régionale et appellent de leurs vœux la mise en place d’une communauté urbaine moderne digne de ce nom. Pleinement fonctionnelle par-delà les frontières. Dans les meilleurs délais.

Par Peter LOOSLI

Vert transfrontalier – Membre du comité cantonal des Verts genevois

 

*Groupes écologistes locaux actifs au sein de la plate-forme des Verts de l’Agglo franco-valdo-genevoise (espace géographique dépassant le périmètre officiel du Grand Genève): La Côte/Terre Sainte: Rolle – Gland – Prangins – Nyon • Versoix • Pays de Gex – Bellegarde • Le Grand-Saconnex • Meyrin • Thônex (sections de Genève-Sud) • Genevois: Frangy – Saint-Julien-en-Genevois – Collonges-sous-Salève – Annemasse – Reignier – La Roche-sur-Foron • Chablais: Abondance – Evian – Thonon – Douvaine • Faucigny/Mont-Blanc: Chamonix – Sallanches – Cluses – Bonneville • Bassin annécien • Bas-Bugey: Belley – Culoz – Seyssel

 

**Le GLCT OU groupement local de coopération transfrontalière est l’un des instruments juridiques mis en place par l’Accord de Karlsruhe (http://www.ge.ch/legislation/rsg/f/s/rsg_A1_11.html). Ce statut est doté de la capacité juridique et de l’autonomie budgétaire. Sa mise en oeuvre s’appuie sur la Convention-cadre idoine du Conseil de l’Europe – doyenne des organisations européennes se fondant sur la primauté du droit, installée à Strasbourg (la Suisse en fait partie depuis 1963). Signée à Madrid en mai 1980 et entrée en vigueur en décembre 1981, cette convention est l’acte-clef propice à légitimer la coopération transfrontalière des collectivités et autorités territoriales sur tout le Vieux Continent.

 

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17/03/2013

Forages aux portes de Genève ?

Ferney-Voltaire (Ain) – Dimanche 17 mars 2013

 

Forages aux portes de Genève ?

 

La mobilisation a été générale: le samedi 16 mars, dans les rues de Nantua (Haut-Bugey), sous-préfecture de l’Ain, les collectifs favorables à la transition énergétique ont su mobiliser un nombre impressionnant de citoyens. Quelque 2'000 personnes – venues du Jura, des pays de l’Ain et de Savoie, du canton de Vaud et de Genève – ont participé à ce rassemblement. Précédée en particulier d’une intervention publique remarquée d’Anne MAHRER, députée au Grand Conseil genevois, la manifestion s’est déroulée dans une ambiance bon enfant et sans incidents.

Sans du tout tomber dans le piège du syndrome NIMBY*, l’enjeu principal du moment a pu être exposé de vive voix à Madame Elodie SCHES, sous-préfète de Nantua, par une délégation composée de membres des collectifs et d’élus reçue dans les salons de la sous-préfecture, à savoir: l’opposition au renouvellement du permis de prospection dit des Moussières.

Délivré en 2008 pour cinq ans par le ministère français en charge des mines, le permis des Moussières – en principe renouvelable deux fois – a un périmètre s’étendant principalement sur le département de l’Ain ainsi que sur les deux Savoie et le département du Jura. Basé à Londres, le titulaire du permis est la compagnie Celtique Energie Petroleum Ltd, elle-même filiale de la nébuleuse Celtique Energie Holdings Ltd dont l’actionnariat a été enregisté entre autres dans les îles Caïman (territoire d’outre-mer du Royaume-Uni, situé dans les Caraïbes).

Alors que les préoccupations liées aux forages d’hydrocarbures – axées sur la pollution de l’eau et de l’air ainsi que sur les risques sismiques – sont anciennes et constantes, on a vu affluer pour l’occasion des personnalités politiques de tous bords: le sénateur et président PS du Conseil général de l’Ain, la sénatrice UDI de l’Ain et le député UMP du Haut-Bugey, pour n’en citer que quelques-uns bien en vue sur une bonne soixantaine d’acteurs de tout rang. Quoi qu’il en soit, les risques liés à la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures de roche-mère continuent à susciter une défiance de l’opinion publique vis-à-vis de ces ressources fossiles non renouvelables.

Peter LOOSLI

*Syndrome NIMBY («Not In My BackYard», ce qui signifie «pas dans mon arrière-cour»): attitude d’opposition d’une population locale vis-à-vis d’un projet lorsque celui-ci est susceptible de comporter des nuisances réelles ou supposées pour son environnement immédiat

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